L’on raconte souvent qu’au Bénin, l’essence vendue à la pompe ne serait pas très différente (en termes de qualité) de l’essence kpayo, exposée aux abords des axes routiers. La SONACOP aurait parfois recours au même marché d’approvisionnement que les contrebandiers pour remplir ses citernes en temps de disette. Des rumeurs ! Ça ne peut-être que çà, me dis-je. Comme les rumeurs qui voudraient que dans les stations-service, l’unité de mesure soit faussée à dessein pour gruger le client. Vous croyez acheter 1 litre de carburant ? On vous en aurait vendu un peu moins d’1 litre en réalité. Si j’en doute, les zémidjans de Cotonou, eux, en sont plus que persuadés. J’ai pu discuter du sujet avec quelques uns. Il n’y a rien à y faire. Ils ne sont pas près de changer d’avis. Le bon Dieu serait descendu les contredire qu’il n’aurait pas réussi.

Lorsque des autorités, des personnalités publiques n’ont pas une très bonne cote auprès de la population, elles se doivent d’inscrire la prudence au cœur de leurs actes et de leurs propos. C’est horripilant d’apprendre que l’essence de contrebande saisie par l’Etat béninois, à grand renfort militaire, est traitée, nous dit-on, et reversée dans les réservoirs de la SONACOP qui la revend à ses clients. 56% des recettes sont déposés dans les caisses de la Société, le reste va à l’Etat. Les Directeurs Généraux de la Douane et de la SONACOP sont venus nous l’expliquer, pensant sans doute qu’ils méritent notre admiration et notre encouragement. C’est à croire que les contrebandiers sont allés chercher leur ‘‘essence’’ dans les citernes de la Société Nationale de Commercialisation des Produits pétroliers. On n’est pas loin de ce qu’on qualifierait sous d’autres cieux, d’abus de confiance, voire de recel.

« Est-ce que ce monde est sérieux ? » chante Francis Cabrel. « Quel pays ! » s’étonne Johnny Hallyday, dans Diego libre dans sa tête. Est-ce que ce pays est sérieux ? Ai-je envie de m’interroger à mon tour. La faillite de la SONACOP serait-elle à ce point-là ? Quelle crédibilité pour la lutte contre le trafic du kpayo quand l’Etat se charge lui-même de nous refourguer le produit qu’il a confisqué sur le marché noir ? Plus j’y réfléchis, plus j’en perds mon latin. Mais c’est entendu !

Désormais, ne soyons plus étonnés qu’il se raconte ce qui se raconte sur la SONACOP. Ne soyons plus surpris que le degré de fiabilité de nos entreprises publiques et de leurs responsables s’érode au jour le jour, à l’épreuve de rumeurs persistantes et dégradantes.

Il n’y a pas de fumée sans feu.