Lorsqu’en novembre 2007, Jean Marie Le Pen, seul candidat en lice, fut reconduit à la tête du Front National avec près de 98% des voix des militants, un journaliste de Canal+ dans un reportage diffusé sur les antennes du groupe, a parlé de « score de chef d’Etat africain », pour qualifier le plébiscite de celui dont la fille a pris la relève aux commandes du parti d’extrême-droite. A l’époque, cette allusion du journaliste m’avait profondément déplu voire choqué et je n’avais pas manqué de le faire savoir à Canal+ par les moyens à la disposition du simple téléspectateur que j’étais. Parce que les scores fleuve aux élections ne sont pas une spécificité africaine. Jacques Chirac, au second tour de la présidentielle de 2002 a été élu par plus 87% des français contre le reste pour son étonnant adversaire d’alors, Jean-Marie Le Pen. Tous les présidents africains ne parviennent pas au pouvoir avec 98% ou 87% du suffrage exprimé. Qu’il y ait un tel écart ne suppose pas forcément que les règles du jeu démocratique ont été foulées au pied. Au Bénin, Boni Yayi a « proprement » battu Adrien Houngbédji au second tour, 75%-25%. Tout dépend de la dynamique créée autour du candidat. Enfin, ce n’est pas dans tous les pays africains que la gestion du pouvoir d’Etat ou du parti politique est une affaire de clan.

En somme, je déteste qu’en Occident, l’on cite l’Afrique pour toute référence, dès lors qu’on veut évoquer les tares et les singularités dont l’exercice de la démocratie peut souffrir parfois. Et pourtant, dimanche dernier, je me suis cru un instant dans mon cher et beau pays ou dans l’un de ses voisins immédiats ou lointains d’Afrique, à force d’écouter les plaintes, protestations et revendications de Jean-François Copé, de François Fillon et leurs soutiens respectifs, au terme de l’élection qui devrait permettre à l’UMP de se donner un chef. Je maintiens qu’en matière de processus électoral bancal, de contestations de vote et de revendications tous azimuts de victoire, l’Afrique n’est pas la seule référence dans le monde. Le problème du continent africain, c’est que dans bien des contrées, il y a bien trop souvent de frustrations, de dénonciations de fraudes et de soulèvements engendrés par des processus électoraux dont la fiabilité n’est jamais totalement garantie. Nous y sommes habitués. Nous sommes habitués à nous entredéchirer au soir de chaque élection et à applaudir celles qui ont lieu aux Etats-Unis ou en France, à telle enseigne que cela sonne systématiquement faux à nos oreilles, comme un lapsus, quand on nous dit que les tout-puissants de cette planète doivent eux-aussi faire face à des couacs, un peu à l’image des incertitudes qui ont conduit au recomptage manuel des bulletins de vote en Floride, au pays de l’Oncle Sam en 2000. http://www.ina.fr/fresques/jalons/fiche-media/InaEdu04598/le-probleme-du-decompte-des-voix-a-l-election-presidentielle-americaine-en-2000.html?video=InaEdu04598

En France, ce que nous offre à voir et à entendre l’élection du prochain chef de l’UMP ne relève pas moins de l’inédit, même si cela reste un scrutin pour désigner un président de parti et non un président de la République. Pour autant, l’UMP, l’une des deux plus importantes formations politiques de la France, en prenant l’initiative de soumettre le choix de son premier responsable au vote des militants, avait le devoir de prouver sa maturité, d’établir sa grandeur. Elle est plutôt passée à côté, incapable d’organiser une élection correcte avec seulement deux candidats et 300.000 votants. La courtoisie et le respect mutuel ont déserté le forum. Les deux camps protagonistes s’envoient des inimitiés, à satiété. La presse française craint une répétition de la guerre fratricide Jacques Chirac Vs Edouard Balladur qui décima le RPR entre 1993 et 1995. Jean-François Copé et François Fillon vont avoir beau fumer le calumet de la paix, une fois le vainqueur adoubé par la commission électorale, l’histoire n’oubliera pas le spectacle peu honorable dont ils auront été, avec leurs alliés de l’UMP, les acteurs principaux.

Il est bon de vouloir pratiquer la démocratie à la base, encore faut-il s’y préparer pour ne pas y laisser son honneur. Si, du point de vue de la fiabilité du processus électoral, l’Afrique a du chemin à faire, la France n’est-elle pas censée être déjà arrivée à destination ?