Bachar Al-Assad est prêt à tout pour garder le pouvoir. Ce n’est pas un scoop. La solide résistance armée qu’il oppose aux rebelles non moins solidement armés, la durée et les pertes en vies humaines qu’enregistre le conflit ont dissipé tout doute sur sa détermination ainsi que celle de ses ennemis à aller jusqu’au bout : la démolition totale ou la capitulation d’un camp ou de l’autre.

A l’allure où vont les choses, il est à présent une certitude que cela ne finira pas comme en Afrique du Nord et nous aurons en vain entrevu un remake parfait du scénario maghrébin. Aux débuts de la guerre syrio-syrienne, comme on l’appelle, beaucoup y avaient vu en effet une propagation du printemps arabe en territoire syrien, le féroce mouvement social qui a eu raison du régime de Ben Ali en Tunisie, de celui de Hosni Moubarak en Egypte et de Mouammar Kadhafi en Lybie, avec ici, une intervention armée à visage découvert de la « communauté internationale », menée par la France de Nicolas Sarkozy. Une dictature en péril est un poison mortel pour le peuple, ont décrété les « grands » de l’Occident, soutenus par quelques barons du Golfe qui ne sentent pas Bachar Al-Assad. Cette croyance, parfois insincère et sélective, qui passe pour un principe phare de la diplomatie internationale place inévitablement la Syrie dans le viseur des « grands » de ce monde, prêts à armer la rébellion, s’ils ne le font pas déjà, afin d’en finir avec un pouvoir oppresseur, le règne de Bachar Al-Assad. Heureusement ou malheureusement, chaque fois qu’ils ont tenté officiellement de prendre une telle initiative, devant l’ONU ou ailleurs, la Russie et la Chine (deux casse-pieds pas exempts de reproches) ont toujours été là pour contrecarrer leur plan. Pour combien de temps encore ?

Depuis peu, l’on soutient qu’Al-Assad a fait usage d’armes chimiques contre les mouvements rebelles qui veulent lui faire la peau. L’alerte est partie, en premier, de l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), devenu par la force des armes, la principale source d’informations sur ce qui se passe à l’intérieur de la Syrie. Si l’alerte de l’OSDH se confirme, ce sera du pain béni pour ceux qui prônent la chute de l’homme fort de la Syrie. Et apparemment, c’est confirmé !

Aux dernières nouvelles, il y aurait eu usage de gaz sarin. (Le sarin est un puissant gaz neurotoxique, inodore et invisible. Outre son inhalation, le simple contact avec la peau de ce gaz bloque la transmission de l’influx nerveux et entraîne la mort par arrêt cardio-respiratoire. La dose létale est d’un demi-milligramme pour un adulte. http://www.lesoir.be/255798/article/actualite/monde/2013-06-04/qu-est-ce-que-gaz-sarin). Des journalistes détiendraient des documents qui le prouvent. http://www.lemonde.fr/international/article/2013/06/05/la-france-confirme-deux-cas-d-utilisation-de-gaz-sarin-en-syrie_3424378_3210.html. En Europe, on se frotte les mains. Les Etats-Unis, par la voix de leur président, estiment que ce n’est pas suffisant pour justifier une action militaire en Syrie. Ce n’est pas la première fois que Barack Obama « déçoit » ses amis anti-Bachar. S’il les avait écoutés lorsque les rumeurs d’usage d’armes chimiques avaient commencé à circuler, des soldats américains seraient peut-être entrain de combattre en Syrie à l’heure actuelle, aux côtés des forces françaises, britanniques et autres. A ses amis anti-Bachar, Barack Obama avait dit qu’il voulait des preuves. Voilà qu’ils lui en ont trouvé (http://www.bfmtv.com/international/gaz-sarin-syrie-londres-a-preuves-physiologiques-530496.html) sans que sa position n’ait fondamentalement changé.

Chat échaudé craint l’eau froide. Le précédent irakien recommande une extrême prudence. La géopolitique de la région a beaucoup évolué depuis la visite de Georges Bush Jr à Saddam Hussein, il y a 10 ans.